Les muses en folie

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Les muses en folie

Message par Ride le Mar 28 Avr - 16:29

" Comme tous les matins, un personnage prend le train pour aller au travail. Au bout d'un moment, il ne reconnaît plus l'itinéraire. Le train s'en va vers une destination inconnue. "
Date de remise prévue pour le Mercredi 29 Avril


Tous les matins se ressemblent lorsque vous prenez les transports en commun. Tant et si bien que ce « geste » devient un automatisme que votre cerveau ne prend pas la peine d’imprimer. Je ne sais pas si cela vous est déjà arrivé de réaliser que vous êtes assis à votre bureau en ayant l’impression d’y être arrivé aussi facilement qu’un claquement de doigt. Bon, je dois avouer que j’ai l’avantage d’habiter une petite commune ainsi que celui de partir en dehors des heures d’affluences et même si mon trajet est assez long (une bonne heure et demi), il n’y a pas foule en règle générale. Il m’arrive d’ailleurs assez souvent de m’endormir en cours de route.

Ce matin est un matin comme les autres. Je monte tranquillement. Comme à mon habitude, je regagne ma place. C’est la mienne depuis maintenant 10 ans et je ne m’explique pas pourquoi mais elle semble toujours m’attendre, offrant les plus belles vues par la large fenêtre. Aujourd’hui, il fait beau et le soleil arrive, malgré l’épaisse vitre, à poser sa chaleur sur ma peau. Je me laisse aller contre la paroi, le nez levé vers le ciel. Il est si dégagé que j’ai l’impression de pouvoir m’y baigner. Mes yeux se ferment doucement et avant même que je m’en sois vraiment rendu compte, je sombre dans un sommeil léger, rythmé par le bruit et le balancement régulier de la rame.

Une minute ? Dix ? Je ne sais pas vraiment mais un mouvement brusque fait que mon front cogne la vitre dans un bruit sourd.

- Aïe ! C’est pas cool ça !

Je n’ai pas la moindre idée de la durée de ma petite sieste mais je ne suis pas tellement mécontente de ce réveil, bien qu’un peu musclé à mon gout. J’étais en proie à un cauchemar affreux. Enfin, je ne m’en souviens pas vraiment mais je sais qu’il n’était pas du tout agréable. Par reflex, je garde l’heure sur mon portable.

- Plus de batterie… Franchement, tu ne choisis vraiment pas ton jour mon grand. Attend un peu qu’on arrive, tu feras moins le malin une fois branché.


C’était une habitude un peu idiote mais j’avais toujours parlé aux objets. A défaut de parler toute seule, ca me faisait un juste milieu. Et puis au moins, ca m’évitais d’être tendu et anxieuse. Le dialogue pour résoudre les problèmes, ca marche ! Mais laissons là cette tentative déplorable d’excuser une bien mauvaise habitude et revenons-en à nos moutons. Encore un peu embrumée, je jetais un coup d’œil à l’extérieur. Habituée à faire ce trajet, je pourrais évaluer vaguement l’heure qu’il pouvait être.

- Mais… Ou est-ce qu’il va se train ?!


Le paysage, bien que tout à fait charmant, n’était pas du tout celui que j’aurais du voir ! Ce fut à cet instant que je me rendis compte d’un autre détail pour le moins étrange. J’étais seule dans la rame. Je n’avais pas le souvenir avoir vu quelqu’un au moment de ma montée mais tout de même… La panique commença à me gagner, doucement mais surement. J’étais peut-être victime d’un complot infâme pour me kidnapper…

- Ah ah… Tu rêves ma vieille. Je crois que tu te donnes un peu trop d’importance Sandra
, me mis-je à ricaner à ma propre encontre. C’est dommage, ca m’aurait bien plus mais je ne vois pas qui aurait pu payer la rançon…

Les paysages défilaient. Ca faisait maintenant dix minutes, enfin je crois, que ce train avançait bon train vers une destination qui m’était inconnue. Mais à présent, je n’avais plus peur. Pourtant, quelque minute plutôt, ma réaction fut digne d’un film hollywoodien.

Durant un bref instant, j’avais songé à tirer le signal d’alarme. Non d’ailleurs, je l’avais tiré de toutes mes forces, m’y accrochant de la même manière dont je m’imaginais que Tarzan devait le faire avec ses lianes dans la jungle. Contre toute attente, je ne me suis pas retrouvé les fesses par terre après cette action parfaitement stupide maintenant que j’y repense. Mes bras ont hurlé la reddition avant ce fichu signal.
Après, j’ai du entrer dans un état de transe qui me fit envisagé des solutions dignes de MacGyver. Je me voyais crocheter la serrure pour accéder à la rame suivante et ainsi de suite pour finir par détourner le train pour rentrer chez moi. J’avais aussi chercher avec acharnement l’un de ses petits marteaux pour briser les vitres dans l’idée franchement loufoque de sauter en marche par une fenêtre. J’avais frappé le pauvre interphone qui ne fonctionne que sur appel au conducteur, m’égosillant autant que faire ce peut…

Finalement, cette crise d’hystérie finit par se calmer. Je me laissais entrainer, au pire, il me suffirait de prendre un autre train pour repartir dans l’autre sens.

- De toute façon, je n’avais pas envie d’aller travailler aujourd’hui.


Un sourire s’était posé sur mon visage après cette remarque. C’était étrange de m’entendre dire ça, moi qui avais tendance à voir le verre à moitié vide.
J’avais finit par m’installer confortablement, face à une vitre et j’admirais les paysages qui défilaient. Pas une seule fois, le train ne s’était arrêter à une gare. Mais, je ne me sentais même pas inquiète. J’avais même l’impression de reconnaitre ce que je voyais.

Actuellement, lui et moi serpentions à travers les boulots d’une forêt dense qui me rappelait à s’y méprendre l’endroit où j’avais monté pour la première fois de ma vie un cheval. Une expérience merveilleuse. J’avais 15 ans mais les souvenirs étaient aussi frais que si ca avait été hier. Eglantine, ravissante jument à la robe que les connaisseurs appellent « Bai » mais que je me plaisais à qualifié d’un gourmant « chocolat/caramel ». Je crois qu’elle fut mon premier amour.
Perdue dans mes souvenirs, j’eu l’impression de l’apercevoir un bref instant, entrain de brouter paisiblement dans une clairière, parfaitement libre et sans le moindre doute heureuse (et oui, mes brefs instants me disent autant de chose que ça). Le temps que l’information monte à mon cerveau qui dû ensuite rappeler gentiment mon âme, qui s’était envolé à mille lieux de la rame où se trouvait mon corps, Eglantine avait disparut.

- Terminé le café. Quoique…


J’étais seule, et j’arrivais encore à me faire rire. Il y avait pire comme hallucination et peut-être que la situation tellement bizarre que je vivais s’y prêtait plutôt bien. Après tout, j’avais peut-être bien vu le cheval de mes souvenirs.

Le temps continua de s’écouler, même si je n’avais pas la moindre notion de la durée de cet étrange voyage vers l’inconnu. Le soleil ne semblait pas décliner et étrangement, je continuais de reconnaitre les paysages mais maintenant, je n’avais que cette impression de « déjà vu » sans parvenir à me souvenir quand, où et comment.

- J’ai l’impression de remonter dans mes souvenirs, c’est assez amusant comme rêve. Il faudra que je le note.


Petit à petit, j’avais mis de coté l’aspect rationnel et avait prit tout cela comme un rêve. Surtout qu’à un moment, j’étais persuadé avoir vu l’une de mes inventions d’enfant, un ami imaginaire dont j’étais la seule à connaitre le visage, me saluer en me souriant de manière rassurante. Cette simple image avait apaisé mon esprit et je me laissais emportée simplement vers cet ailleurs. La nuit avait finit par décliner, comme si elle avait attendu que je finisse par accepter ce qui m’arrivait. Le paysage qui aurait pu sembler vide, m’offrit le plu merveilleux des couchers de soleils. Je n’aurais jamais songé qu’un tels camaïeux de couleurs étaient possible.

Tous les jours je prenais ce train. Tous les jours, j’oubliais ce trajet. Et, dans une idée stérile de monotonie, j’en avais oublié que pour les choses que l’homme n’a pas réussit à contrôler, chaque jour est un jour unique. J’avais l’impression de renaitre alors qu’un autre jour, un jour unique, mourrait sur l’horizon mordu par un soleil rouge sang. Je finis par m’assoupir à nouveau sans même m’en rendre compte.

Doucement, je sentis une main sur mon épaule. Le train ne bougeait plus, et le bruit tout comme le mouvement cadencé qui m’avait bercé, avaient cessé. Ouvrant doucement les yeux, je sentis une couverture douce et chaude se poser sur les épaules. Je connaissais cette sensation. C’était celle de la couverture que j’avais eu à ma naissance, une des rares choses qui avait mon âge et dont je n’avais jamais osé me débarrasser. En me redressant, mon regard ce posa sur un visage familier et une voix chaude et rassurante glissa des mots d’une douceur unique jusqu’à mes oreilles.

- Tu dois être fatiguée Sandra
, dit-elle en posa sa main sur ma joue dans un geste de tendresse que ma peau n’avait jamais oublié. Tout le monde n’attends plus que toi.

Je crois que même avant de sentir cette main, d’entendre cette voie, de voir ce visage, j’avais déjà compris. En fermant les yeux, je pressais ma joue contre la main en y posant doucement la mienne, comme pour être sur de la chaleur que je sentais. Une larme coula doucement sur ma joue pour aller glisser jusqu’au coin de mes lèvres sur lesquelles s’étaient dessiner un sourire. De la joie, ca ne pouvait être que de la joie.

- Je suis rentrée à la maison, maman.


Je me lève et je sors de cette rame de métro pour rejoindre la maison de mon enfance. Cette superbe maison qui avait été détruite au profit de building. Alors que j’entends derrière moi, le signal des portes retentir, une pensée me traverse l’esprit avant de partir avec le train dans la nuit sombre pour ne jamais revenir.

Quelque part, sur un papier gris recyclé, quelqu’un lira surement ses lignes : « Dramatique accident de train. Un mort et de nombreux blessés. ». S’ils savaient…

Ride

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